LA NUIT (de la prison)

L'atelier a consisté en six matinées et une restitution d'atelier devant une vingtaine de détenues. Nous avons débuté avec une liste de mots associés à « la nuit » et, d'emblée cette liste a balayé le spectre des images liées à la nuit. Les premiers mots : Noir, cauchemar, rêve, peur... mais il y eut aussi :libération de l'inconscient, ou : phares des voitures, yeux de chats qui s'illuminent, la couleur des choses qui change, les fleurs qui se ferment, les grillons, la nature qu'on entend mieux, la lune et les étoiles, les jeux érotiques...

A partir de cette liste, chaque participante a écrit un texte court.

Maryse écrit :

LA LUNE ET LES ETOILES quoi ? L'astronomie

Avoir la paix

et la tranquillité

Enfin,

la libération de l'inconscient

le coucher du soleil, l'infini

Les textes sont lus par les comédiens en tenant compte de la graphie proposée par les auteurs.

Puis Jean-Marc Lejeune a fait découvrir une technique de peinture où il s'agit de retirer la peinture avec des brosses en gomme. Peinture acrylique noire, sur du papier glacé. Format 30 x 40 cm. Nous proposons ensuite aux stagiaires de peindre à partir du texte écrit la veille, puis de peindre une émotion liée à la nuit.

Jean-Marc va ensuite proposer des supports de plus en plus grands : 60 x 90 cm, puis de grand déroulés de 1,40 m x 6 m. Nous passerons aussi de la petite brosse à des brosses larges à long manches, plates ou rondes. Le travail variera de l'individuel au collectif.

Les peintures peuvent avoir comme point de départ les textes écrits par les stagiaires mais aussi des textes d'auteurs connus ( Haïkus, V. Hugo, Lorca) ou des improvisations vocales (des comédiens, puis des stagiaires), mais elles peuvent aussi être les points de départ d'un travail d'écriture.

A partir de cette peinture,

Krysia écrit :

Je vois la porte du paradis

C'est une nuit clairvoyante

Il y a une porte céleste, un arc-en-ciel, une invitation

K-RO écrit :

Je vois une fenêtre

C'est une nuit paisible

Il y a une tombe, il y a un cercueil et un cadavre

Maryse écrit :

Je vois un cercueil

C'est une nuit triste

Il y a un cadavre, un tombeau, de la pluie

Vivi écrit :

Je vois l'au-delà

c'est une nuit de voyage

Il y a le caveau, la sérénité et la fin



A partir d'improvisations vocales, la peinture sur le grand déroulé de carton recyclé a procédé en trois étapes : uniquement le noir, puis le blanc, puis le fusain.

A partir d'une sélection de haïkus évoquant la nuit, elles ont peint sur des formats 30 x 40 cm

Lors de la restitution d'atelier les stagiaires ont lu leurs textes, les ont portés, debout, devant le public, dans un espace où l'acoustique les obligeait à forcer la voix. Elles ont peint en direct un grand déroulé de papier blanc en écoutant les textes de Victor Hugo que Lyès Mussati et moi lisions et elles ont clos la séance en restituant deux des quatre cadavres exquis produits.



Cadavre Exquis n°4 :

Mardi 22 Juin à cette heure de l'après-midi je ne serai

plus ici, plus par là, il y aura de l'action et des paroles

autour de nous comme des rythmes endiablés

et enivrés par ton parfum, je m'envole sur un

nuage, soleil, plage, soirée voilà ce qui

m'attend un cadavre sain, puis une autre tombe

s'ouvre l'œl qui ne voyait plus et qui nous

regarde. Oui, je regarde mais je ne vois rien. Tu es

absent. Très absents ces cauchemars, ces insomnies qui

me hantent et m'enterrent dans la nuit des

ombres s'agitent tout autour, des cris stridents retentissent

au loin, tel des branches nues qui dansent une folle

farandole, carnaval, discothèque, et ces étoiles

multicolores, presque couleur or, je ressens un effet de

bien-être ; enfin, ne plus réfléchir et se laisser porter

finalement je n'ai qu'un seul but t'aimer puissamment

éternellement, à l'infini, ce bruit

silencieux. Alors elle se tut. Et la grenouille

cria dans ta nuit agitée, à la vue des tombeaux ouverts, ils

hurlent dans les châteaux abandonnés, peuplés d'âmes

de revenants

mais rien de méchant !!!



L'engagement des participantes a été très intense, avec un énorme désir d'apprendre et de découvrir. La plus belle gratification pour les intervenants fut qu'elles puissent, lors de la restitution, expliquer elles-mêmes aux autres détenues l'intérêt de cet atelier et les processus artistiques qu'il a fait jouer.

L'équipe d'intervenants a apporté son savoir-faire, des méthodes de travail. Elle a acquis du savoir-être grâce à ces femmes qui ont fait preuve, tout au long du travail, d'une grande pudeur et de leur capacité à transférer dans des formes artistiques des douleurs qui affleuraient sans cesse.

Juin 2010